Enquête

Premier regard sur Trappes avec Hayette

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Hayette a 24 ans, elle prépare un master en politique de communication. Ca fait beau sur le papier, mais comme beaucoup elle galère à trouver un boulot. Depuis « les évènements de Trappes » comme j’aime à les appeler, Hayette sait que les choses vont être encore plus difficiles dans sa quête de boulot ; « je vais sûrement mettre l’adresse de ma sœur qui vie à Maurepas sur mon Cv, ça fera toujours mieux que Trappes ». La phrase peut paraître anodine, elle ne l’est pas, surtout pour cette jeune femme qui aime vraiment sa ville d’origine. « Je suis vraiment triste du traitement médiatique, on parle de nous comme de pestiférés, surtout n’allez pas à Trappes des gens violents y vivent, ils frappent les policiers, incendient des voitures et crachent sur tous les symboles de la République, mais là où les médias ont vu une émeute irrationnelle, j’ai vu un ras le bol collectif. Après évidemment il y a eu des fouteurs de merde qui en ont profité pour s’en prendre à la police mais la majorité n’exprimait que son ras le bol. »Un constat sans appel que dresse la jeune femme qui a suivi au jour le jour ou du moins nuit après nuit ce qui se passait sous sa fenêtre avant de le poster sur Twitter (certains de ses clichés ont d’ailleurs été repris sur les chaînes « d’information » en continue).

Hayette a toujours habité Trappes, elle a vu la ville évoluer, changer, certaines tours tomber pour se faire remplacer par des lotissements plus beaux et plus chers. Ce qui frappe quand on pose un pied à Trappes, ce sont ces grandes grues qui se dressent tout autour des Merisiers (le quartier où les évènements ont eu lieu). Hayette balaye d’un revers ce changement, « le maire fait construire tout autour des Merisiers, un peu comme si on voulait nous cacher, comme s’il avait honte de nous, c’est un peu comme une prison à ciel ouvert mine de rien ». Le problème c’est que les prix des loyers pour les habitants des barres Hlm se sont envolés, Hayette annonce désabusée « mon père est décédé, ma mère gagne 1100€, en 2 ans le loyer est passé de 400€ à 750€ c’est quand même bizarre comme si on voulait nous faire partir pour détruire ces tours moches et construire d’autre beaux lotissements ».

Au delà du logement, Hayette souligne un autre problème, la relation entre l’islam et la République bat de l’aile. Un je t’aime moi non plus que peu de gens semblent comprendre et qui fait valser les idées de droite à l’extrême droite et qui entraîne dans son sillage modérés et modérés radicaux en quête de voix électorales. « Dire qu’il y a plein de femmes en niqab à Trappes c’est faux, par contre renier la montée en flèche des actes islamophobes en France c’est très problématique. Il faut savoir que quelques jours avant le contrôle de police de la femme en niqab il y a eu une femme voilée qui s’est fait agressée à l’arme blanche en pleine journée à Trappes. » Un problème que la jeune femme tente tant bien que mal d’expliquer, « c’est surement du en partie à l’image pleine d’amalgame que l’on a de l’islam à l’étranger, je parle de l’Irak, de l’Afghanistan de ces guerres sans fin et du terrorisme mais ce n’est pas à nous de payer les pots cassés…»

Retour sur les évènements de Trappes

Tu as toujours vécu à Trappes ?

Oui, toujours. J’ai grandi à Leo Lagrange, franchement il ne faut pas croire tout ce qui est dit sur Trappes, j’aime vraiment y vivre mais les récents évènements nous ont fait super mal. On a pris cher médiatiquement… J’ai entendu tout et n’importe quoi, aux infos les journalistes parlaient d’émeutes alors que les deux premiers soirs aucun journaliste n’était sur place. Ce qui était le plus choquant pour nous Trappistes
c’était de voir qu’immédiatement les médias avaient pris le parti des policiers.

Comment tu as vécu ces soirées ?

J’en voulais aux petits fouteurs de merde d’être venu pour la castagne mais j’en voulais aussi beaucoup aux forces de l’ordre car peu de gens le savent mais les policiers tiraient au flashball, aux gaz lacrymogènes et visaient nos balcons ! On avait très peur. Ils se sont protégés et ne nous ont pas protégé. Ce qu’il faut dire aussi c’est que j’ai entendu de mes propres oreilles des policiers insulter des jeunes, les chercher, la tension était trop forte c’était normal que ça explose.

Et depuis c’est comment, au jour le jour ?

Ce qui est le plus désagréable c’est la présence des nombreux camions de gendarmes mobiles qui font des rondes la nuit et les roulements entre eux et les Crs. Comme s’ils attendaient que quelque chose se passe. Ils nous surveillent, j’ai l’impression qu’ils ne vont pas partir de si tôt et ca a créé un climat désagréable. Notre vie ne va réellement reprendre que lorsqu’ils seront partis.

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3 thoughts on “Premier regard sur Trappes avec Hayette”

  1. « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Albert Londres
    Le titre, “Journaliste d’apparence”, est excellent. À vous lire, prochainement sur nos écrans !
    GH

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