Enquête

La relation avec la police, deuxième regard sur Trappes avec Salaheddine

SONY DSC C’est avec un grand sourire qu’il m’invite à entrer dans son bureau. La veille je lui avais expliqué mon projet et il m’avait dit qu’il allait y refléchir sans me dire si oui ou non il acceptait que je l’interview. Je lui demande pourquoi il a finalement dit oui « on m’a dit qu’on pouvait te faire confiance ». Je sais qui est ce « on » et je sais qu’il prefère garder l’anonymat mais je tiens à le remercier pour son aide. Salaheddine, 35 ans, est entrepreneur. Il gère sa société et a basé son bureau en plein coeur des Merisiers juste en face du commissariat. « J’étais aux premières loges quand il y a eu les évènements, j’étais d’ailleurs là dès le premier rendez-vous devant le commissariat. Tout ce qui a été dit est faux ou du moins pas entièrement juste, on n’a jamais demandé la libération de Mickaël. Tout ce qu’on voulait c’était savoir pourquoi il était retenu car cela nous semblait bizarre. » Vidéos à l’appui il me montre ce qu’il a filmé, « regarde, on n’était même pas une dizaine vers 18h quand on a demandé à être reçu, sérieusement est-ce qu’on a l’air de vouloir foutre le bordel? » Sur la vidéo on peut voir des hommes, type pères de famille qui attendent devant le commmissariat. En ce qui concerne la suite des évènements et le débordement qui a conduit aux deux longues soirées d’affrontements Salaheddine explique que c’était « une cocotte-minute ». Puis d’ajouter, « ça allait exploser un jour ou l’autre mais je ne pensais vraiment pas que ça prendrait une telle ampleur, j’habite à Trappes au square Van Gogh depuis 1997 et ça n’a jamais été aussi loin. » Selon lui le problème réside dans la relation avec la police. « Au moindre contact avec eux je sens qu’ils me méprisent, et je ne suis pas le seul à avoir ce sentiment, j’ai tellement d’exemples… » À ce moment les histoires s’enchaînent, les siennes et celles de ses amis. Je n’en ai gardé que deux car elles sont assez représentatives de la compléxité des rapports. La première c’est celle d’un contrôle de police. A ce sujet il est utile de rappeler que la France a été épinglé par Human Rights Watch qui a publié un rapport en janvier 2012 dénonçant les contrôles abusifs ( http://www.hrw.org/fr/reports/2012/01/26/la-base-de-l-humiliation-0 ) À noter également que le collectif Stop le contrôle au faciès milite depuis plus de deux ans afin de faire passer une loi qui obligerait les policiers à délivrer une attestation écrite lors de chaque contrôle d’identité…Une promesse faite par François Hollande candidat, oubliée par François Hollande, président. Mais revenons à l’histoire de Salaheddine. « Pendant un contrôle, en plein hiver ils m’ont fait attendre près d’une heure dans ma voiture sur le bas côté pendant qu’ils étaient dans la leur avec mes papiers pour faire les vérifications d’usage. D’habitude ça ne prend que 5 à 10 minutes grand maximum. Quand je leur ai demandé au bout de 40 minutes des explications ils m’ont dit de retourner dans ma voiture rien de plus. Peu après ils sont revenus, m’ont rendu mes papiers m’ont dit que j’étais en règle et que je pouvais repartir. Je ne pouvais rien dire mais c’était trop frustrant, ce type d’humiliation surtout quand on est père de famille ça marque au fer rouge » D’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Salaheddine ne voulait pas répondre à mon interview était, dans un premier temps, parce qu’il préférait éviter d’être reconnu sur un site internet. »Dire du mal de la police et me retrouver tous les jours à ramasser les amendes sur mon pare-brise, c’est le genre de choses qui peut arriver… » Une auto-censure qui en dit long sur le rapport de force installé dans la ville. La seconde histoire commence de manière bien plus banale car tout citoyen peut y etre confronter. Salaheddine venait de s’acheter une voiture, il est donc allé à la prefecture pour faire changer la carte grise et là il apprend que sa voiture a été immobilisée. Il est par la suite dirigé vers le commissariat de Trappes. « Quand j’ai demandé pourquoi ma voiture était immobilisée ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien me dire, j’ai été baladé par le commissariat. J’ai donc décidé d’aller à celui d’Elancourt (ville située à 10 minutes de Trappes Ndlr) pour voir si le traitement allait être différent et là bas, en quelques clics ils m’ont donné les informations nécessaires pour faire mes démarches et mettre fin à cette immobilisation. Le fin mot de l’histoire c’est que voilà, pour le truc le moins polémique ils m’ont fait galérer alors imagine si j’avais voulu porter plainte contre un policier… » m’a-t-il dit sur le ton de l’humour. Salaheddine est franco-afghan, une double nationalité dont il est fier, on s’égare à parler de l’Afghanistan pendant quelques instant savant de parler de la situation en Syrie. Puis, dans le fil de la conversation il revient sur Trappes.  » Tu sais quand je rentrais le soir chez moi et que j’allumais la télévision, j’avais l’impression que les journalistes parlaient de Damas alors qu’ils parlaient de Trappes. C’était invraisemblable! Je me suis mis à la place du citoyen lambda d’une autre ville ou du petit bobo parisien et j’en ai eu la chair de poule. Franchement j’avais plus peur quand je regardais la télé parler de Trappes que quand j’ouvrai ma fenêtre! » Avant d’expliquer non sans amertume, « de toute façon pour quelqu’un qui ne connait pas Trappes, la ville a trois images : Soit c’est Jamel Debbouzze, Omar Sy et Nicolas Anelka soit c’est le ghetto et l’anarchie gérée par les racailles ou enfin le terreau des islamistes « première ville surveillée par les RG ».Mais quand tu vis à Trappes tu sais que c’est une ville paisible où on vit tous ensemble malgré nos différences. » À la fin de l’entretien je demande à Salaheddine s’il pense qu’il y a une solution aux problèmes qu’il a cité, « honnêtement s’il y avait une meilleure relation jeunes/policiers ce serait déjà bien mieux et puis l’emploi aussi, que les jeunes se bougent pour trouver un boulot et que l’offre soit au rendez-vous ça aiderait à aller mieux »

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2 thoughts on “La relation avec la police, deuxième regard sur Trappes avec Salaheddine”

  1. À propos de « l’attestation écrite lors de chaque contrôle d’identité », voir Benoît Hamon (actuellement ministre), le 12 novembre 2010, à 8 h 52, sur France Inter. http://youtu.be/c7pi5wwdRLg.
    Le récépissé de contrôle d’identité est une des mesures retenues par la “Convention du Parti Socialiste sur l’égalité réelle” (http://goo.gl/ciyNz, page 34), le 4 décembre 2010.

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