Enquête

Logement à Trappes, l’histoire de Sabrina

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Sabrina parle vite, elle a l’énergie de ceux qui se battent pour que demain soit meilleur pour leurs enfants. Mère de trois filles et un garçon, Sabrina a longtemps dénoncé l’insalubrité de l’appartement dans lequel elle a été placée. Mais aussi la politique de la ville et celle du bailleur Valophis à l’égard des habitants de ces grandes tours qui côtoient les nuages à Trappes.

« Vous êtes une femme seule et ils ont osé vous parquer à Thorez ? ». Voici comment une assistante sociale a résumé la situation de Sabrina lors de l’un de leur rendez-vous.

Pour comprendre l’histoire de cette mère de famille, il convient de revenir en arrière. Retour en 2006…

Après avoir vécu quelques temps à Plaisir (ville située à 8 km de Trappes Ndlr), Sabrina revient à Trappes pour s’occuper de son père malade.
La mairie lui propose un F5, square Maurice Thorez. La tour ne jouit pas d’une bonne réputation, le deal y est implanté et les mères célibataires sont parfois mises sous pression pour devenir des nourrices* « Le maire savait pertinemment que ce n’était pas un lieu pour une femme seule mais j’ai pris sur moi parce que j’avais besoin d’un logement », explique la mère de famille.

Une histoire qui aurait pu s’arrêter là, mais en arrivant dans l’appartement, Sabrina se rend compte de l’étendu du chantier. « Tout était à refaire, on a fait l’état des lieux et, là, on a noté qu’il y avait une infiltration d’eau, des moisissures, le système de ventilation était mort… pour faire court l’appartement était insalubre ». Un constat que la mère célibataire ne va avoir de cesse de dénoncer au bailleur, en vain. Aucune solution ne lui sera proposée.

En 2009, Sabrina se rend compte que l’état de santé de ses enfants se dégrade, « la plus grande enchaînait angine sur angine, elle faisait des sinusites et avait des problèmes respiratoires chroniques, le plus petit devenait sourd et l’asthme de la cadette empirait à vu d’œil » .

Effrayée, la mère de famille les fait consulter. Et le constat est sans appel, « ils m’ont dit que l’environnement dans lequel je vivais était la cause de leur état ».

Certificats médicaux à l’appui, Sabrina alerte son bailleur et les médias. Deux articles lui seront d’ailleurs consacrés. Son fils Djibril qui n’a pas encore trois ans, se fait opérer d’urgence des suites d’une végétation trop importante. La plus grande Syheim sera hospitalisée pendant une semaine. Les médecins feront état de végétations et de problèmes chroniques des sinus.

Immédiatement, la mère de famille décide de se lancer seule, dans les travaux de l’appartement, « je demandais du matériel aux copains, j’achetais quelques trucs mais c’était difficile car je ne gagnais pas beaucoup d’argent donc il fallait piocher à gauche à droite ». La jeune femme n’est pas au bout de ses peines. Les jours s’enchaînent, les difficultés s’additionnent et les fins de mois durent 30 jours.

En octobre 2009, c’est le coup de grâce. Sabrina reçoit une facture d’eau de 1797,55€… Aujourd’hui Sabrina en rit, « j’ai cru que tous les habitants de Trappes étaient venus se laver chez moi ! », mais sur le moment elle a du mal à y croire. Elle contacte une avocate, la juge lui promet alors de la garder au chaud pour l’hiver. Soulagement pour la mère de famille, la facture sera jugée irrecevable. Néanmoins, le bailleur décide de faire appel : « aujourd’hui j’ai ça (la facture citée Ndlr) et les frais de justice. Si le bailleur gagne, je devrais débourser près de 5000€… » indique Sabrina, désabusée. La décision finale est attendue pour fin novembre prochain.

Concernant ses problèmes d’insalubrité, il faudra à la mère de famille attendre 2011 pour avoir une réaction de la part de son bailleur. En effet, ce n’est que 5 ans après qu’elle ait accepté l’appartement que Valophis décide d’envoyer un ouvrier pour refaire le sol de l’habitation. « L’eau avait infiltré le ciment sur trois couches, les dalles du parquet jouaient aux dames, franchement, si j’avais pu, j’aurais fait les travaux seule mais là c’était au dessus de mes forces ».

La situation complexe de la jeune femme est connue par son voisinage. Sa combativité est prise pour exemple, « on m’a même demandé de me lancer en politique mais c’est pas mon truc, je n’irai jamais et puis de toute façon c’est le pot de terre contre le pot de fer ».

Pourtant la jeune femme ne se décourage pas, elle donne de son temps pour dénoncer les problèmes auxquels elle fait face et rejoint ainsi l’association des habitants de Trappes. Un collectif où les membres comparent souvent leur quittance de loyer, et n’hésitent pas à monter au créneau lorsqu’ils se sentent victimes d’une injustice de la part de leur bailleur.

En juin dernier, par exemple, les habitants ont été privés d’eau pendant plusieurs jours suite à un problème de canalisation. Ils devaient se ravitailler auprès d’une citerne installée au square Maurice Thorez. Cet évènement a marqué Sabrina : « j’avais l’impression qu’on nous prenait pour des animaux, la honte on devait aller remplir des seaux pour se laver, pour faire à manger et la vaisselle, et ça, en 2013 ! ».

La tension va crescendo entre le bailleur et les habitants, Sabrina dénonce entre autres un loyer plus que variable : « ça fait 7 ans que je vis ici et je n’ai jamais eu le même loyer ». Un ras-le-bol que la jeune femme partage avec de nombreux Trappistes qui voient depuis quelques années leur loyer augmenter sans comprendre pourquoi.

Cette situation a eu des répercussions sur sa vie de famille. Sabrina a beau aimer Trappes, elle avoue vouloir quitter la ville pour « offrir une plus belle vie » à sa famille. « Qui voudrait élever ses enfants dans une telle situation ? »

Juin 2012, réalisant qu’elle ne peut joindre les deux bouts, Sabrina prend la décision de placer ses deux plus jeunes enfants en foyer. « J’ai été demander à une juge pour enfant de prendre en charge mes enfants parce que l’environnement leur était néfaste ».
Un crève cœur pour celle qui croyait pouvoir y arriver seule, « Des fois, ils m’en veulent de les laisser la semaine entière mais là bas ils sont bien, il y a de la verdure et même si ça me tue de ne pas dormir sous le même toit qu’eux, je sais que je fais ça pour leur bien…».

Une réalité coup de poing qui coupe court à l’image des mères célibataires que l’on n’hésite pas à jeter dans la fosse aux lions de l’opinion publique lorsque leurs enfants sombrent dans la délinquance.

Notes

* nourrice : personne ayant la garde de la drogue pour les dealers. Il faut savoir que l’on ne devient pas nourrice, le dealer choisit sa victime, souvent une femme seule donc vulnérable, et la menace afin d’avoir accès à son appartement. À ce sujet lire l’excellent travail de Philippe Pujol sur Marseille dans le cadre de l’enquête French connection, l’article « Samira se sait encore belle » y est consacré
http://philippepujol.blogspot.fr/2013/08/quartiers-shit.html#more

Au sujet de la citerne lire :
http://www.leparisien.fr/espace-premium/yvelines-78/250-logements-prives-d-eau-depuis-deux-jours-07-06-2013-2873245.php

Au sujet des hausses de loyers lire :
http://www.leparisien.fr/trappes-78190/des-loyers-en-hausse-de-10-06-01-2012-1798530.php

et

http://www.leparisien.fr/trappes-78190/ils-refusent-la-hausse-des-loyers-17-12-2008-344957.php

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